Linda Veut Du Poulet ! : un plat pour panser une blessure

Le récit du film d’animation est centré sur Linda qui n’a pas de souvenirs de son père. Elle était trop petite quand il est mort. Ce qu’elle a, c’est le nom d’un plat : le poulet aux poivrons. Ce poulet que lui préparait son père, que sa mère n’a jamais su cuisiner, est devenu la forme concrète d’un manque que Linda ne sait pas encore nommer autrement. Quand Paulette lui promet de le préparer pour se faire pardonner d’une punition injuste, elle ne réalise pas encore qu’elle vient d’ouvrir quelque chose de bien plus profond qu’une simple querelle de mère et fille.

Chiara Malta et Sébastien Laudenbach traitent ce deuil avec une délicatesse qui refuse aussi bien la gravité écrasante que la légèreté irresponsable. Le film Linda Veut Du Poulet ! comprend que les enfants portent leurs pertes autrement que les adultes, souvent de façon plus concrète et plus pratique : ce n’est pas l’absence du père en tant que telle qui manque à Linda, c’est ce poulet précis, cette recette particulière, cette façon de cuisiner qui lui appartient à lui seul. Cette façon de matérialiser le deuil dans un plat est l’une des idées les plus touchantes et les plus justes du film.

La grève générale comme moteur de comédie

Un jour de grève générale pour trouver un poulet, voilà un défi qui aurait pu rester anecdotique. Chiara Malta et Sébastien Laudenbach en font le moteur d’une course-poursuite burlesque qui entraîne Linda et Paulette dans des situations de plus en plus improbables à travers un quartier populaire en ébullition. La grève n’est pas un décor : elle est le catalyseur qui transforme une quête intime en aventure collective, obligeant les deux personnages à rencontrer, solliciter et finalement embarquer avec eux une série de personnages hauts en couleur.

Cette dimension populaire et collective du film d’animation lui donne une saveur particulière dans le paysage du cinéma jeunesse. Linda Veut Du Poulet ! n’est pas un film de banlieue au sens sociologique du terme, mais il se déroule dans une cité dont les habitants existent pleinement, avec leurs caractères, leurs solidarités et leurs petites lâchetés. La grève est aussi l’occasion d’une réflexion discrète sur ce que signifie vivre ensemble dans un espace partagé, et sur la façon dont les nécessités du quotidien créent parfois des liens que rien d’autre n’aurait produits.

Le film Linda Veut Du Poulet ! sur PlayVOD

Linda Veut Du Poulet ! prouve qu’un film d’animation peut parler de la mort avec la même légèreté qu’il parle d’un poulet, et que c’est précisément cela qui le rend bouleversant

Un style graphique qui respire la liberté

Le dessin de Linda Veut Du Poulet ! est l’une de ses signatures les plus immédiatement reconnaissables. Sébastien Laudenbach, dont le style graphique s’était déjà affirmé dans La Jeune Fille Sans Mains, anime les personnages avec un trait léger et versatile qui s’affranchit régulièrement du réalisme pour suivre l’énergie des situations plutôt que leur logique physique. Les corps s’étirent, se déforment, expriment avec tout leur volume ce que les dialogues ne disent pas encore. Cette expressivité formelle est en parfaite cohérence avec le propos du film : dans un récit sur des émotions que l’on a du mal à formuler, le dessin dit ce que les mots ne peuvent pas.

Le processus de création du film est lui-même original : le son a été enregistré en premier, avec des comédiens sur plateau et décor réel, avant de servir de base à l’animation. Cette façon de travailler donne aux dialogues et aux silences une présence physique que l’on sent à chaque scène, comme si les personnages animés avaient vraiment partagé un espace avant d’être dessinés. La musique de Clément Ducol, qui se conclut par une chanson de Juliette Armanet au générique, complète un dispositif sonore aussi soigné que le travail graphique.

Scène du film Linda Veut Du Poulet !

Dans Linda Veut Du Poulet !, chaque plan raconte quelque chose sur les personnages que le scénario n’a pas besoin d’expliquer, grâce à un trait qui porte autant d’émotions que les dialogues

Quand la prise de vues réelle rencontre l’animation

Chiara Malta vient du cinéma de fiction en prise de vues réelles. Sébastien Laudenbach est animateur et illustrateur de longue date. Leur rencontre sur ce projet produit une œuvre qui porte les traces de ces deux approches sans jamais être le résultat d’un simple compromis entre elles. La façon dont les personnages existent, avec leurs failles, leurs maladresses et leurs contradictions, doit beaucoup à l’œil de Chiara Malta pour les comportements humains. La façon dont cette humanité est traduite graphiquement doit tout à la sensibilité de Sébastien Laudenbach pour la ligne animée comme vecteur d’émotion.

Linda Veut Du Poulet ! a été présenté à l’ACID lors du Festival de Cannes 2023 avant de remporter le Cristal du long métrage au Festival d’Animation d’Annecy la même année, puis le César du meilleur film d’animation en 2024. Ce palmarès exceptionnel confirme que le film a touché quelque chose d’universel dans sa façon d’aborder l’enfance et l’exploration du deuil avec une liberté de ton qui n’appartient qu’à lui.

La quête du poulet étape par étape

Étape Obstacle Allié inattendu
Trouver un poulet en ville Les commerces sont fermés pour cause de grève La tante Astrid qui connaît tout le quartier
Identifier un fournisseur possible Personne ne sait où trouver une volaille vivante Serge, voisin improbable, mais bien informé
Traverser le quartier en grève Les manifestants bloquent les rues Jean-Michel, gréviste qui finit par aider malgré lui
Apprendre à cuisiner le plat Paulette ne sait absolument pas cuisiner La recette du père, transmise par ceux qui l’ont connu
Mettre le plat sur la table L’accumulation de tous les imprévus précédents Tout le quartier mobilisé pour un seul poulet aux poivrons

Un film entre rire et profond chagrin

Linda Veut Du Poulet ! est un film qui fait quelque chose de rare et de précieux : il fait rire et il touche dans le même souffle, sans que l’un n’atténue l’autre. Chiara Malta et Sébastien Laudenbach ont compris que le deuil n’empêche pas la comédie, et que la comédie n’empêche pas le deuil, et que c’est précisément leur coexistence qui ressemble le plus à la façon dont on vit vraiment. Pour les familles qui veulent un film d’animation qui parle à tout le monde depuis un endroit où le chagrin et le rire ont appris à danser ensemble, Linda Veut Du Poulet ! est sur PlayVOD.

FAQ : Linda Veut Du Poulet !

Qui sont Chiara Malta et Sébastien Laudenbach, les réalisateurs du film ?

Chiara Malta est une réalisatrice et scénariste franco-italienne dont le premier long-métrage Simple Women a été présenté au Festival de Toronto en 2019. Sébastien Laudenbach est un réalisateur et illustrateur français connu pour La Jeune Fille Sans Mains, présenté à Cannes en 2016. Linda Veut Du Poulet ! est leur première collaboration, née d’une résidence d’écriture commune.

À partir de quel âge ce film est-il adapté ?

Linda Veut Du Poulet convient à partir de cinq ou six ans. Les plus jeunes apprécieront l’humour visuel, les personnages expressifs et le rythme de la course-poursuite. Les enfants plus grands et les adultes trouveront dans le traitement du deuil et dans les failles des personnages adultes une profondeur émotionnelle qui enrichit considérablement le visionnage.

Quels thèmes principaux le film aborde-t-il ?

Linda Veut Du Poulet ! explore le deuil vu par un enfant à travers le prisme de la mémoire culinaire, la maladresse de l’amour maternel, la solidarité de quartier comme réponse collective aux petits désastres du quotidien et la façon dont l’humour peut être une forme de tendresse plutôt qu’un écran. Ces thèmes sont portés par une comédie d’animation qui les aborde avec une légèreté qui n’exclut jamais la profondeur.

Pourquoi le film a-t-il autant été récompensé ?

Linda Veut Du Poulet ! a remporté le Cristal du long métrage au Festival d’Animation d’Annecy 2023 et le César du meilleur film d’animation 2024, entre autres distinctions. Ces récompenses saluent un film qui réussit à être simultanément populaire et exigeant, accessible aux enfants et touchant pour les adultes, drôle et mélancolique, formellement inventif et narrativement généreux.

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